L’agence Reuters vient de publier une dépêche intitulée « les Antilles françaises sont menacées par les pesticides ». Cette dépêche fait suite à une interview de Michel Barnier, ministre de l’agriculture, ce matin sur Europe 1 et à un dossier publié ce matin par Le Parisien. Il s’agit de l’illustration parfaite de ce que l’on appelle désormais « le business de la peur ».
Acte 1 : Une étude publiée la semaine dernière réaffirme que les principales causes du cancer résident dans notre mode de vie (tabac, hormones, obésité, exposition professionnelle) bien plus que dans l’environnement et la pollution.
Acte 2 : Le Pr. Belpomme, fervent partisan de la thèse attribuant la responsabilité des cancers à la pollution, décide de réagir. Il décide de reprendre la main alors que la communauté scientifique vient de prendre à contre-pied ses conclusions [cf. post précédent et article du Figaro]. Il est nécessaire pour lui de réagir puisqu’il participe activement au Grenelle.
Acte 3 : Le Pr. Belpomme prend contact directement avec Le Parisien. Le quotidien juge le sujet suffisament allechant pour en faire sa une. Le sujet est confié au rédacteur en chef économie, Jean-Marc Plantade. Question : quelle est sa compétence sur ce sujet, et pourquoi ne pas avoir mis Michel Valentin, chargé des questions environnementales, sur le coup.
Acte 4 : Le Parisien, qui exerce une forte influence dans le milieu médiatique parisien, fait des petits : son dossier « dangers pesticides » est repris par de nombreux médias dans leurs revues de presse, et l’agence Reuters transforme l’essai en publiant une dépêche.
Pourtant, il est dit dans cette dépêche que « M. Belpomme dit avoir constaté que le taux des cancers de la prostate est “majeur” aux Antilles, même si les scientifiques n’ont “pas encore la preuve épidémiologique” qu’ils sont liés aux pesticides. »
Conclusion : la machine médiatique s’emballe alors que les scientifiques n’ont encore aucune conclusion ! Je précise que mon propos ne vise pas à défendre le chlordécone. Je souhaite simplement attirer l’attention sur les mécanismes du “business de la peur” qui profite ici au Pr. Belpomme et au Parisien. Il suffit pour cela d’analyser les termes employés par Le Parisien : “désastre sanitaire”, “empoisonnement”, comparaison avec “l’affaire du sang contaminé”, “mort”, cancers”, “rapport explosif”, “sujet brûlant”, “usage massif des pesticides”…
Sur un tel dossier la prudence nous semble meilleure conseillère que le recours immédiat à la peur. Affaire à suivre (en attendant la publication des études scientifiques en cours en Martinique et en Guadeloupe).